Le fond des cartes : comment notre regard façonne le territoire

Université Ephémère du Design 2026
Formation
Cartographie sensible du campus
Cartographie sensible du campus "Les lieux que j'évite le soir en tant que femme"
Du 19 au 21 janvier, l’UGA Design Factory a animé un dispositif de 3 jours sur la thématique des cartographies. Il s’agissait, à travers des interventions et des ateliers pratiques, d’explorer de multiples manières de faire des cartes, qui assument leur subjectivité et viennent en complément de cartes plus habituelles.
Pour Valérie Chanal : « L’Université éphémère du design est un dispositif intensif de trois jours qui permet de faire travailler ensemble des étudiants de filières différentes autour d’enjeux de transition, via des conférences de chercheurs et de praticiens, et des ateliers concrets. Il ne s’agit pas de trouver des solutions toutes faites, mais de faire émerger des réflexions collectives. Le design critique nous permet d’explorer des problèmes complexes et de rendre ces réflexions visibles pour nourrir le débat. Pour l’édition 2026, nous avons choisi de travailler sur la cartographie, à la fois outil de représentation et outil de décision. Les cartes montrent certaines choses et en invisibilisent d’autres. Ces choix influencent directement les pratiques sur les territoires. »

Contre-cartographie et cartographie critique

L’intervention de Matthieu Noucher a permis d’introduire le sujet le lundi matin à partir de son expérience. Ce géographe, directeur de recherche au CNRS Laboratoire PASSAGES de Bordeaux, nous a parlé des conflits éthiques qui l’ont animé au début de sa carrière. Il a alors fait évoluer ses pratiques pour mettre la cartographie au service des populations et s’est intéressé aux pratiques de contre-cartographie et cartographie critique.
Les étudiants ont pu s'inspirer de nombreux exemples présentés dans différentes régions du monde, où la présence ou au contraire l'absence de cartographie constitue un enjeu politique majeur. Il a particulièrement parlé de la Guyane, terrain où il travaille beaucoup.

Les cartes : des outils d'aide à la décision et de représentation des orientations stratégiques

Le mardi matin, Laure Pierson et Cédric Lomakine, salariés de l’Agence d’Urbanisme de la Région Grenobloise (AURG), ont présenté aux étudiants les usages multiples des cartographies qui sont pratiqués à l'agence. Ils ont particulièrement insisté sur deux volets.
Le premier : les cartes comme outils d’aide à la décision, lorsqu’ils croisent des données issues d’enquêtes pour révéler de nouvelles informations sur un territoire et guider les aménagements et politiques publiques futures. Le second : les cartes comme manières de représenter des orientations stratégiques, qui servent non pas à transmettre l’état actuel du territoire mais à communiquer et partager des intentions et des projets.

Deux ateliers pour se questionner

Les 85 étudiants d’horizons variés se sont ensuite répartis dans deux ateliers au choix.

Atelier avec Elsa Noyons, artiste chercheuse, autour de sa démarche  "déplier l’ordinaire".

Elsa Noyons, artiste, chercheuse explique se démarche aux étudiants

Elsa Noyons, artiste, chercheuse explique se démarche aux étudiants

Les étudiants ont arpenté le campus et sélectionné, individuellement ou en groupes, quelque chose qu’ils voulaient révéler sous forme de cartographie. Ils ont ensuite produit une cartographie subjective, à la même échelle, sur un papier presque transparent, permettant de faire des associations entre différentes cartes et points de vue pour faire émerger de nouvelles données sur le campus de Saint-Martin-d’Hères. A l’issue des trois jours, les cartes ont été exposées et on donné lieu à une publication sous forme de fanzine
Les cartographies abordaient des thématiques autour des flux et des chemins empruntés, de la composition des espaces du campus, de ce qu’on peut apercevoir, entendre ou sentir sur le campus, des souvenirs et ressentis liés aux lieux.

Carte des lieux d'observation de la faune selon les saisons

Carte des lieux d'observation de la faune selon les saisons

Exemple de cartes :

  • les chemins de désirs - ces chemins non tracés que l’on emprunte en coupant à travers une étendue d’herbe,
  • les trajectoires canines,
  • les chemins privilégiés pour se reconnecter au présent,
  • les stickers croisés à l’UGA,
  • une carte rapprochant des bâtiments du campus avec des bâtiments du Caire dont se rappelait cette étudiante égyptienne,
  • les montagnes visibles en fonction de différents points d’observation sur le campus,
  • une carte des bâtiments bloqués pendant la réforme des retraites au premier semestre 2023,
  • une carte des zones à éviter le soir en tant que jeune femme,
  • ...


Atelier autour de la démarche « Comment atterrir ? » avec Soheil Hajmirbaba et Alexandra Arènes, architectes, représentant le collectif Société des Objets Cartographiques (SOC).

Soheil Hajmirbaba explique le principe de la boussole aux étudiants

Soheil Hajmirbaba explique le principe de la boussole aux étudiants


Cette démarche permet de mettre en évidence les attachements et dépendances au territoire, de cartographier les différents acteurs associés, et d’envisager des scénarios d’évolution pour faire émerger des doléances. La cartographie était ici physique, dans l’espace, au dessus d’une boussole de 8 mètres de diamètre tracée au sol. Les 45 étudiants étaient les acteurs de ces cartographies mobiles. Différents rôles étaient répartis entre les participants afin de leur faire vivre la démarche en accéléré et de les former à l’animation. 
Pour explorer cet outil de concertation à partir de cas concrets, chaque étudiant était invité à réfléchir à ce dont il dépend pour vivre et qui est menacé. Le groupe a approfondi 3 sujets.

  • "l’accès aux traitements médicamenteux de longue durée" porté par un étudiant sous traitement dont l’approvisionnement et les aides financières sont régulièrement incertains,
  • "les relations sociales physiques menacées par l’usage du numérique", porté par un étudiant déplorant la difficulté de passer du temps avec ses amis dans la vie réelle,
  • "l’accès à une eau saine" porté par une étudiante habitant en aval de Rumilly (74). Chez elle, l’eau est contaminée par les polluants éternels (PFAS), utilisés, enfouis et rejetés par l’usine Tefal.

Pour chacun des sujets, les groupes ont cartographié les alliés, les ennemies et les évolutions potentielles de ces éco-systèmes. L’enjeu était de réfléchir, collectivement, de manière systémique, à la situation actuelle et aux mises en actions possibles pour lutter contre les menaces qui pèsent sur ce dont les étudiants dépendent. Une partie de ces réflexions ont été restituées sous forme de performance, à l’issue des trois jours, pour permettre au public d’avoir une première approche de la démarche.

Pourquoi mobiliser le design ?

Le design permet d’imaginer de nouvelles voies pour améliorer ou maintenir un monde habitable, en réaction à ce qui existe déjà. Cela implique de comprendre l’existant (analyse des pratiques, usages, organisations,...), d’identifier les besoins, puis de les remettre en question, avant de proposer une alternative. Celle-ci peut s’incarner dans un objet, un
espace, un graphisme, un service, une organisation, une politique...
L’Université Éphémère du Design mobilise en particulier le design critique : il ne s'agit pas de trouver des solutions à un problème complexe en trois jours, mais d'y réfléchir en groupes interdisciplinaires, et incarner des réflexions dans des productions. Celles-ci cristalliseront les connaissances partagées et alimenteront le débat.

Les étudiants concernés

  • Parcours LEA RESET (UGA) : Ressources Environnement et Société en Transition
  • Master GEOPOESICE (IUGA - UGA ) : Géographie, Pouvoir, Espace, Justice, Environnements
  • Master Design, résilience et habiter (ENSAG - UGA)
  • Master Design de transitions (ENSAG - UGA)
  • Master Management de l'innovation pour les transitions (IAE - Grenoble INP - UGA)
  • DSAA Design produits et design interactif (Ecole supérieure de Design de Villefontaine)
  • Sciences Po Grenoble UGA, parcours Transitions écologiques
Les étudiants participants à l'Université Ephémère du Design 2026


 

Mis à jour le  17 mars 2026